L'autre jour, vidant le grenier de mon beau-père, j'ai découvert des tas de cartes postales parfois classées, parfois
entassées dans un parfait désordre. Certaines remontaient loin dans l'histoire familiale, plusieurs générations, donc plusieurs guerres, 14-18, 39-45. Les premières colorisées, les suivantes plus
belles techniquement, mais malgré tout avec des relents nets de temps révolus. Je décidais de les garder, de les explorer, aussi j'en reparlerai, un autre jour.
Il y avait aussi des quantités de cartons de livres. Même de très vieux manuels scolaires d'école primaire, et des petites encyclopédies, on
pourrait presque dire "de poche" à cause de leur format, où l'on reste rêveur devant tout ce que pouvaient savoir nos Anciens et tout ce que nous avons oublié.
Dans ces cartons, des petits classiques Larousse, malmenés par plusieurs générations de mains, comme "Les Lettres de mon moulin", ou "Les Pensées"
de Pascal. Parfois, un auteur plus jeune s'était glissé parmi eux. C'est ainsi que je feuilletai un roman de Patrick Modiano, Prix Goncourt autrefois que je n'avais jamais lu. J'adoptai le livre
: "Rue des boutiques obscures".
Voilà un homme amnésique, recueilli par un détective privé qui lui donne une identité de dépannage, l'emploie pendant dix ans, puis part à la
retraite. Grace à son expérience des enquêtes sur les personnes, il se met à partir à la recherche de la sienne. Chacun lui donne une indication, un nom, des photos, croit le reconnaître
quoique... il n'est sûr de rien. Néanmoins, il reconstitue peu à peu sa vie, du moins ce qu'il pense être peut-être sa vie, son identité changeant au fur et à mesure des rencontres.
On ne lit pas sans émotion ce petit livre. On assiste au drame d'un amnésique, de cette errance désespérante où l'on croit reconnaître des lieux,
des visages, des voix .Quelle illusion ! Et d'où vient ce trouble qui nous prend lorsque nous sentons à quel point il nous est proche. Car ce livre nous renvoie à la plus troublante question que
nous nous posons au fil de notre vie : Qui sommes-nous, au juste ?